Les rues sont comme des rubans jetés sur une page blanche ; ni vraiment plates, ni vraiment droites. Le crépuscule et l’aurore se succèdent par intermittence, un court-circuit qui saute de l’un à l’autre, du bleu à l’orange. Nous sommes six ou bien sept. Je m’en souviens uniquement comme d’un corps extérieur survolant notre groupe dans une longue spirale. 

Aucun de nous ne sait comment rentrer chez soi.  On s’arrête à plusieurs reprises aux arrêts de bus pour regarder les plans. Chaque parole se confond l’une dans l’autre, étrangement incapables de nous y retrouver dans les mots comme dans la ville. 

Les rues s’enchevêtrent en contre-bas, en strates de boyaux, se ramifient les unes aux autres, se démultiplient et se nourrissent chacune de leurs passants. Chaque passage s’articule et change à mesure que le temps passe, leurs traits ondulent au fil du jour, du soleil qui progresse.